Dans le buisson de l'espoir

Cinq Poètes Centrafricains

La poésie centrafricaine d’obédience contemporaine vient de s’enrichir d’un nouveau livre : Dans le buisson de l’espoir. Cinq poètes donnent à méditer leurs névroses ici.

Il s’agit dans l’ensemble des poèmes à surcharge lyrique et à haute teneur patriotique. Si le système imaginaire n’est pas des plus étonnants, il reste tout de même cette puissance dans le jet verbal qui, chez Romain BALLY-KENGUET SOKPE, allie à toute la violence des musiques urbaines d’aujourd’hui un rien d’éloquence. Il y a aussi cette révolte permanente mâtinée d’érotisme qui, chez Jeanne de Chantal WODOBODE, constitue la grammaire d’une écriture poétique traversée par une exigence de justice et de démocratie. Il y a en outre le pédagogisme d’Honoré DOUBA pour qui le poète est avant tout un donneur de leçons ou n’est pas. Il y a enfin l’écriture bourgeoise de Georgette Florence DEBALLE qui s’exerce suivant une liturgie de la simplicité centrée sur les drames familiaux et les désenchantements quotidiens. Ce livre est un moment majeur de la littérature centrafricaine.



Note infrapaginale
Les poètes ici rassemblés en guirlande, sous l’œil pétulant de fratrie du scribe camerounais Anne Cillon Perri (anagramme de Pierre Collin NNA), sont tous de jeunes écrivains versifiant le réel dans la méta-discursivité d’un langage plurivoque. Ils écrivent à l’abri des inhibitions dogmatiques et des sémantisations totalitaires. Ils écrivent à l’insu des morales républicaines et cléricales. En cela, ils se constituent dans l’Ouvert rilkéen et ne se conçoivent autrement que gouvernés par la lucidité du rêve, dans un espace actantiel où s’énoncent et s’émeuvent tous les possibles de la vie vivante.
Dans ce livre où s’écument densément les mots de la tribu, l’appréhension de soi et du monde environnant indique à souhait que les poésies en ce lieu comprises s’élaborent dans la gravité d’un vécu enserré dans la démesure de l’anodin, conforme à l’exubérance d’une vie mouvante que chaque poète hélé, fait prévaloir dans le cliquetis des métaphores souvent heureuses. Dans cette direction, la passion surfaite extirpe le créateur de toute dérobade avouée. On en vient à comprendre aisément que chaque poète convoqué ausculte le réel, tout en parvenant à se saisir dans son ipséité truculente et turbulente.
Conséquemment, il y a lieu, me semble-t-il, d’aller vers les géologies souveraines de ces poésies habitées de songes et qui songent à s’appartenir, sur le mode enjoué d’une vie lourdement prosaïque pour qu’elle nous reçoive depuis son bord primesautier.
Cette mise en gerbe poétique se veut un regard subjectif, un regard d’aplomb porté sur un moment de la poésie scripturaire centrafricaine en quête de ses signifiants les plus significatifs. Elle permet de se faire une idée introductive des préoccupations des poètes qu’il agglomère, telles qu’elles se dessinent au travers des choses et des destinées humaines. C’est un acte littéraire de la plus sereine exigence et dont l’ancrage à des valeurs d’auto-référentialité, présuppose une vie qui s’exerce dans la polyphonie.
Ainsi, les propositions poétiques explicitement retenues dans ces pages pailletées de lyrisme narratif, sont de celles qui régénèrent l’ordre humain auquel s’ajuste le rêve de tout poète authentique, c’est-à-dire, agissant en lui-même, par-delà les métamorphoses de l’imaginaire. L’évidence saute aux yeux : les poètes de ce livre sont perméables à des préoccupations endogènes, médiatisées par un langage à part, aux portes du merveilleux tellurique, dans la conscience de l’essentiellement militant.
Lecteur peu suspect d’indulgence, Anne Cillon Perri s’est approché de leurs textes pour nous les faire aimer, en nous les faisant parvenir à distance intellectuelle, sous l’aile de la générosité.
La mise en grappe de ces graphies équatoriales inaugure une démarche emblématique fondée sur la prise en compte de ce qui résonne non loin de nous et dont les thématisations nous sollicitent de manière instante. Dans ce sens, l’admirable passeur Anne Cillon Perri butine intelligemment dans une poésie dont les contours, les angles et les reliefs essentiels donnent lumière à ce qui émerge d’un lieu dont l’ubac nous est bien connu, puisqu’il est le lieu de l’homme.
Que cette poésie soit lue, captée comme il convient qu’elle soit lue et captée : dans la connivence d’une entente transférentielle.
Je remercie bantouisement Anne Cillon Perri de m’avoir, depuis l’estuaire du Wouri, permis de dire, à la fin ce livre, le contraire de ce qui se trame en ces poésies de dé-voilement et de mystère. Il fallait bien, certain jour, « trahir » cette poussée que travaillent les accents lyriques de ces poètes centrafricains qu’indubitablement vous aimerez.

Dr Fernando d’ALMEIDA
(Université de Douala)
Douala, Cité de Bonamoussadi
(La Roseraie du Goyavier)
Vingt septembre 2008

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14 octobre 2008

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