John Francis Shady Eone, textes

Quand donc

Le sublime vrille dans
Le soupir cadencé de
L’amant des lueurs

Le sublime brille dans
Le songe rosacé de
L’amant des fleurs avant

De s’affadir dans
L’indigence du vocable

Quand donc Seigneur
Comme un jazz sans arrêt
Connaitrai-je
L’orgasme permanent des
Choses


Paroles d’un rescapé d‘Auschwitz

Les salauds blonds
Et violeurs
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une longueur
Xénophobe

Tout suffocant
A Brême, quand
Sonne l’heure

Je me souviens
Des fours anciens
Et je pleure
Et je m’en vais
Oh gens mauvais
Je n’emporte
Du sang, de là
Que la pareille
Qui s’effeuille morte

Je boirai ton existence

Puisqu’il y a désormais
Des fragments de sang dans
La fracassée blancheur du lait
Je ne boirai
Je ne boirai plus que dans
L’estuaire ouvert de tes métaphores

Poésie !

Puisqu’il y a désormais
Des traces d’urine dans
Dans la transpercée innocence de l’eau
Je ne boirai
Je ne boirai plus que dans
Dans la cascade triomphante de tes anaphores

Poésie !

Puisqu’il y a désormais
Des morceaux de pus dans
La fraîcheur crucifiée des jus
Je ne boirai
Je ne boirai plus que dans
Le reflux novateur de tes césures

Poésie !

Puisqu’il y a désormais
Des blocs de venin dans
Dans la trépassée exubérance du vin
Je ne boirai
Je ne boirai plus que dans
Dans le clapotis solfié de tes rimes

Poésie !

Puisqu’il y a désormais
Des vagues de boue dans
Dans la décapitée saveur du miel
Je ne boirai
Je ne boirai plus que dans
Dans les archipels accueillants de tes périphrases

Poésie !

Puisque
Le lait est rouge-sang
Puisque
L’eau est jaune-sale
Puisque
Le lait est vert-pâle
Puisque
Le vin est bleu cassé
Puisque
Le miel est noir aigre
Je ne boirai
Je ne boirai plus
O poésie-élixir
Que dans les fioles de ton existence

Ursule

Me voici dans
Le fluide de ton absence
Et
Naufragé sur le radeau de ta splendeur
J’embrasse ton nom

Ton souvenir bouge dans ma tête comme
Une toupie dans un rêve d’enfant

URSULE !

Me voici dans
La rue de ton absence
Et
Pèlerin vers la Kaaba de ta tendresse
J’embrasse ton nom
Ton souvenir souffle dans ma tête comme
Une brise sur la tignasse des palétuviers.


Yaoudé, 24 juillet

Hélène !

Voici ma lettre, ma dernière confession de timidité. Je n’ai pu te parler, prononcer devant ton regard serein, ces mots qui vont changer mon destin en liberté. Tu me connais par cœur, chère amie. Emu, je bégaye à l’excès. Or rien ne m’émeut autant que de te dire enfin que je te quitte.

Je te quitte. Façon abrupte de parler, je le reconnais. C’est délibéré. Ces mots nus affichent mon refus de toute équivoque. C’est toi qui m’as enseigné la précision verbale. Je te quitte donc. Tu as dévoré douze années de ma vie. Ce que j’appelais poétiquement ton calme de déesse, le temps passant, s’est montré pour ce qu’il est : de l’insensibilité. Tu glisses entre les meubles de la salle de séjour sans rien heurter. Sur les bibelots toujours à la même place, pas un grain de poussière. Tout brille d’une redoutable propreté. Dans ta cuisine, jamais un plat ne t’échappe, aucun verre ne s’est jamais brisé. Tout est religieusement ordonné dans une fixité de paysage lunaire. Dans la chambre à coucher, le même funeste éclat, avec ces draps empesés et invariablement blancs. Mes vêtements semblent s’ennuyer dans ces placards trop désinfectés, trop bien rangés. Je t’écris d’une chambre d’hôtel aux décors riants, et, d’ici, je revois horrifié ces photographies insipides que tu as accrochées sur les murs de notre chambre. Hélène, je te reproche ta perfection. A force d’étouffer le volume, tu m’as ôté le goût du jazz, cette divine musique que j’adorais avant toi. Tu as refroidi mes ardeurs, congelé mes envies, bâillonné tous mes élans de fantaisie. Douze année durant, j’ai vécu la même journée : réveil à la même heure, toi à côté de moi et en même temps désespérément loin de moi, toi vêtue de ton inusable silence. Le même petit déjeuner avec ces mêmes maudits œufs, le café avec son goût monotone, le pain acheté chez le même boulanger. A mon départ pour le bureau, tu me charges avec les mêmes mots, des mêmes commissions. Tu veux savoir ? Parfois il m’est monté au nez – non pas de la moutarde – mais l’envie de t’étrangler, oui de prendre ton cou insolemment beau dans la tenaille de mes bras, comme cela, juste pour qu’advienne un accident, un imprévu dans ma vie. A mon retour, tu es là, dans le même fauteuil, feuilletant des livres, tous parlant de cette fichue broderie dont tu t’es entichée. Je m’assois, avale sans trop savoir pourquoi des aliments difficiles à identifier, tellement ils ont la même saveur. Ensuite, je fais semblant de lire les journaux que tu as achetés ou de me passionner pour l’émission télévisée que tu as choisie. Nous parlons de ce que tu veux jusqu’au moment où je t’entends décréter : “on va dormir”. Ensuite, il y a tes caresses glacées, tes baisers sans conviction (…)

André

Douala 31 juillet


Andy,

J’ai reçu ta lettre. Tu es d’ordinaire un homme tempéré. Pourtant, d’un seul trait, tu as aligné un cortège d’accusations. Tu en as ras-le-bol. Je te comprends. Bien plus, je m’en veux suprêmement de t’avoir poussé à une pareille extrémité. Je te demande pardon. Autant que toi, j’ai mal.

Andy, je m’inquiète de ta santé. Tu te souviens que j’ai mis dans ton sac ces deux flacons de médicaments qui excellent tant à soulager tes problèmes cardiaques. Je te remercie de te conformer strictement à la notice : une cuillerée le matin, une autre le soir. Je t’aime.

Que dire encore, s’il est vrai que nous devons communiquer par lettre, sinon que je n’ai jamais rien entrepris autrement que pour le bénéfice de notre couple ? Je me suis organisée pour mieux te servir. Tu me reproches d’en avoir trop fait. Je réalise aujourd’hui seulement combien j’en suis arrivée à formaliser nos relations. Tu connais le paradoxe : on croit bien faire, alors qu’on détruit. Je te demande pardon. Reviens à la maison. Ton absence est un labyrinthe obscur dans lequel je ne pourrai cuillérée jamais trouver mon chemin. Ne m’écris plus. Je ne veux plus te lire. Je veux te voir Andy.

Ta femme !

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Commentaires (3)

1. ANNE CILLON PERRI (site web) 23/07/2009

Paul,
Ayant bien connu l’auteur de ces poèmes à qui je rends hommage dans mon site, j’imagine à quel point il aurait été heureux de tes propos s’il était encore vivant. Merci d’avoir lu Joh.

25 février 2009

2. Paul Nwesla Biyong (site web) 23/07/2009

J’oublie de garder pour moi la sensation des poèmes QUAND DONC et JE BOIRAI… qui cognent furieusement mon esprit d’une odeur nauséeuse dégagée par cette existence que nous survolons, narines obstruées par nos propres passions, ou ambitions, de toute façon ça rime, même si je ne sais à quoi!
Heureux exutoire donc, cette poésie!

24 février 2009

3. Paul Nwesla Biyong (site web) 23/07/2009

Je n’ai pas su résister à l’envie de laisser une empreinte à ces deux notes qui retracent à souhait notre prétention à maîtriser l’effet de nos impressions, de notre bon sens, sans doute de notre sens tout simplement. Je dirai bien fait pour… ces deux qui sont en fait faits l’un sur l’autre.

24 février 2009

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