L'embellie de l'embolie -2



D'où nous venons s'éclaire
Le réel en friche
Qui des sites du temps
Revient pour que nous
Rejoigne dans la lucidité
L'avenir accordé à nos pas

Aux amarres des paysages
Le jour refuse de niveler la pluie
Que vassalise tout lieu nul
À l'extrême limite des mythes

La vie ne cherche pas à prouver
Elle s'éprouve en s'égrainant
À chaque misérable silence
À l'origine du réel
Qui a cessé d'avoir lieu

L'avènement du Rien
Retient l'être dans l'absence
Lorsque ayant vent du péril
Le jour interroge le chaos
Dans la gravité de la légèreté

Demain au surplomb
D'un réel unit à l'obscur
Il te sera possible
De glisser entre les mains
Les mots que versifie l'exode


* Jean Royer
Nous ne partirons pas sans voir
Pourrir l'éternité
Au tranchant des songes proches
Des beautés ruineuses
D'une vie rendue
Aux sévérités
Des matins embourbés

Nous resterons dans l'île
À relever l'échine du cyclone
À subordonner toute présence
À la défécation d'une vie
Mettant à l'épreuve sa totalité
Quand l'intempérie périt ou rit
De nous en scandant
L'en-deçà de l'être de l'homme

Là-bas face
À la nudité de l'être
L'île pose ses cuisses
Sur les brancards des sanies
Là où gémit la vie suturée

Lorsque la mort fermente
Dans le groin
D'une terre entourée de cannaies
La vie entaille l'étrange
Elle scelle toute chose pérenne
Dans l'enclos des migrations


À mesure que s'énoncent
Quels blocs de mots fourrageant
L'île au soc des sources
Irriguant les clameurs
Des cœurs sentant le ricin
Nous courons alerter
« L'inévitable en nous
Comme un coin de silex !... » *

Car « [...] nos pas vont toujours
À la suite des roses
Car dans la nuit qui finira bientôt
Le ciel en équilibre s'arque nur nos
[espoirs
Et des pétales
Monte un parfum de coumbite » *

L'île n'offre plus
Qu'une étendue de corps
Au vent funeste
Au regard des astres
Nommant
Quelle vie sans chaumière

À l'ombre de cet arbre sans fruit
L'île « submerge toute épiphanie »*

À l'encontre d'une quiétude
L'île prolonge
Les stigmates des choses
« Dans la fusion des sexes »**

Au profond des yeux
Alourdis par
L'oraison des sillons
L'éclaircie de l'étrange

* Anthony Phelps
* Henry Colombani

C'est exact : lorsque jubile
Le vieux temps
Qui nous escorte vers
Les eaux nues des pierres
La nuit ensable la vie
Cil après cil



Où vont les jours
En contact
Avec la tristesse des morts
Chaque nuitée
Au luisant des destinées
Tricote sa neuvaine

À l'amont d'un séisme
Le temps a pris flamboyant
La forme océane des calvaires

Sous les sabots des nuits défuntes
Le séisme prend sa faulx

À l'ombre des tombeaux
Que galvanise la vraie vie
Le rien nous porte en sépulture
Et dessine sous la bassine
Des bocages les signes des mangliers

Triste est le règne de l'avenir
Quand fait surface la vie
Que rhétorise
La noce de la finitude
Au tumultueux
Bonheur des blessures

(Il suffit
Que le vent aille sans se déplacer
Pour que cille la mort
À la lisière
Où commence la tourbière)

Dites bien que l'île a propension
À faire l'éloge de l'infinitude
Lorsqu'à la surface de l'instant
Le mystère nous prépare
À l'embrayage des pierres folles
Comme
À l'hypallage de la mort en devenir

Nous avons dit
Ce qui est à l'œuvre
Quant à la mort ambulante

C'est de joie que parle l'abîme
En dernier ressort *

À la veillée funèbre
Lorsque l'île prise tabac
Au plein vent des afflictions
L'absence règne
Aux roseaux des coraux

Quand se fait semence
La mort l'instant éternue
Sous les pierres nues
À l'ahan d'une île
Que déplace le séisme


* Clin d'œil aux marxisants
Que de sang boueux
Que de larmes et de sang
À chaque orthographe
Des choses prenant poids
De gravats parés de cadavres

Chaque jour
La mort se fait en nous
Et nous gémissons dans les bois
Allant jambes broyées
Tandis que se retire la mer
À l'heure tardive des cris
Argileux couvrant
Le plain-chant des mansardes

L'écho naissant des miroirs
Étouffe la nuit
À bout de corps essartés

Que le réel dénoue la ténèbre
Là où s'éborgne l'absence

Aux chants bas de l'île
Les gravats aboient lentement

Quelquefois
Le jour perd ses binocles
Aux socles des consonnes

Tant qu'à dire
Le moins prend de l'ampleur
Toutes les fois
Que désespère l'avenir


Nous avons dit
Ce que recense l'autre rive
Aux bornes des choses conquérantes

Silencieux sous les ballasts du réel
Le temps sacre l'éphémère

Et maintenant médite
La vie prédite
Au dehors des prodiges

À peine plus bas
La mort encrée

La foudre n’a plus de repos
Depuis que sombre
Aux dépôts des déraisons
La réalité retenue
Sous la lunaison d’un monde

C’est de veuvage que parle
La vie qui n’a l’air de rien

Que devient l’île
Lorsqu’elle s’amuït ?
Il y a qu’en lui remettant
La voix que dira-t-elle
Pour ne pas trébucher
Devant le jour
Aux tocsins des ossements

Sous terre s’en est allée l’île
Sans chapelets ni cauris

Là-bas où s’édente l’agonie
Qui agite son mouchoir
Un rescapé chante à tue-tête
Traînant sa surprise
Comme un autodafé

Entre deux cris l’île revient
Lever d’anciennes idées
Au torrent lent des pierres
Qui savent tout
De la pesanteur
À chaque houlée des songes

Salves de pensers en haillons
Le panthéisme suffit
À nous dégager des gravats
Lorsque prenant feu
Le réel dans les herbes hautes
Comme à la décapitation des corps
Fait route avec la vie en alerte

Aux feux d’un bourg saigne
Chaque pierre
Au ciel simple de janvier

Disparue la rue s’occupe
À regagner
Les bas-fonds du langage
À renaître des séquelles du vent
Qui fait grand bruit
Aux premières heures du drame

Nous fait route sur l’île
La mort que sublime la réalité
Aux fosses communes du Primordial

L’avenir monte en descendant
Depuis que la mort
Contient l’île
Dans sa nasse rapace

En vérité en vérité
Lorsque l’île s’évase s’arase
La marée que rase le temps
Au rez-de-chaussée des cétacés

Protégée contre les forces du mal
L’île survit
À la grandiloquence de l’univers

À la herse des saisons
Païenne est l’enfance de l’île
Souquant  vers le milieu du jour
À la recherche d’une demeure
Déversant dans la lumière
Des corps qui reprennent pied
Dans la certitude
D’une vie connaissante

Nous avons besoin de mettre
De l’ordre dans le tragique
Il faut et il suffit
Qu’au wharf des antinomies
La vie s’épuise rencognée
Là où l’infini aligne ses blessures
En virevoltant gaiement

Au tumulte des chairs
L’instant pèse lourd
Agrippé au néant hideux
Tandis qu’aux hanches folles
Des souffrances l’île flotte
Nocturne sur l’asphalte
Des démences penchées
Sur l’immense endormi

Formellement en prose versifiée
L’île tarde à se réfugier
Dans l’utérus augural
De ce qui s’éclaire à travers
Le temps proche du lointain

Nous devons dire à l’autre rive
Pourquoi s’enchante l’ainsi de l’être
Aux encablures des déraisons

« L’instant s’allonge
Qui a profondeur » *
Du côté des corps ravinés
D’un bout à l’autre
Du matin flambé flambant
Dans la gorge des décombres

Au jeu bref et bruyant
Des sillons et des semis
Le silence recrée
Le langage trouble du regard
Tandis que fulmine l’île
À la croisée des ossements

Le temps vacille
Aux fondrières et poudrières
D’une île éclairant ses sentes
De brandons refluant
Vers les bourbiers
Du côté des corps ravinés


* Guillevic


À coup sûr
Le séisme retient notre souffle

À l’horizon des collines
Renaît au gîte du sang
La vie cachée sous le bitume


L’île en zoom sur l’écorce terrestre
Avec ses nuances variées
De sols dégradés et de regards
Tannés à la mesure du néant

Le temps file vers le réel
En habits noirs

Nous faisons halte dans la durée
Aux saintes sources des patiences

Angulaire est toute chose blottie
Dans la faille des fientes


Il reste que vaste
Le réel émigre
À grandes enjambées
Vers la démesure

Il nous faut porter la lampe
Pour à l’abîme redonner
Son coefficient  de clarté
Pour quelle renoncule d’espérance

Lorsque d’aise tressaille l’instant
L’avenir nous assiège
Et nous disons qu’il fait beau
Chaque fois qu’au tournant
D’un siècle campe dans le ru
Des latrines la vie
Que raccommode l’autre langage
Que cherche à mutiler le temps

Il fait beau dans le ru des latrines

Le jour nous revient accompagné
De cimes en friches
À l’herbage sec du zénith

Au nadir d’un désastre
La pensée se réclame de l’équivoque
Pendant qu’il fait jour dans les buissons

La nuit pousse jusqu’à nos pieds
La vie allant aux orgues des deuils
Pendant qu’il fait dorénavant
Sous l’auvent liquide d’un confin

Pourquoi dire ce qui se sait
De l’ubac à l’adret des mots
Restés cornus aux hameaux
Des songes en pleine incubation

« Toute une vie
Avec un terme »*
Pour vivre la mort
Au hangar des dérisions
Comme à la gare routière
Où le jour ponce le réel
Dans la stupeur du quotidien


Ébranlées
Quelles raisons hébergent
À l’auberge du temps
Les saisons alliées aux frondaisons
À la gaîté de l’autre rive

Sous le suaire de l’île
Le tremblé de l’éphémère


* Guillevic


Le temps retrouve les clefs
Des gravats en éventrant
L’étrange au passage
À niveau d’une vie
Aspirant aux signes épais
D’une Paix expurgeant
Les vilenies de l’inconnaissable

Où nous sommes
La pluie entretient
Les promesses ivoirines
Qui nous portent vers
L’éternel midi de l’être

L’île s’avoue
Dans la fureur de l’avenir


À bras-le-corps la mort saisit
L’île tandis que déraisonne la vie
Que réfute toute parousie
Quand le séisme s’inscrit
Dans l’instant de la finitude

(À nous revoir à plus tard
Sous le tournis des mots
Amenant l’île
À se désaffecter de l’étrange)

À plus tard au tard de la vie

 

Douala, Cité de Bonamoussadi
 (La Roseraie du Goyavier)

     Premier-Sept Février
        Deux mille dix

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