Martin Anguissa

Né le 01 avril 1974 à DOUALA, Martin ANGUISSA est diplômé de l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) de Yaoundé, filière Edition. Cet ancien secrétaire général de La Ronde des Poètes est, parmi les poètes camerounais inédits, l’un des plus prolixes, des plus amers et les plus révoltés.

L’amour chez lui est sujet à une longue complainte et à un mélancolique épanchement, du fait de la distance quasi infranchissable qui le sépare de Tahdjoine, désignation générique de la femme aimée. Sa thématique est aussi sociale et politique et son engagement est total:

“Mes mains sont liées à l’agir
Et ma bouche au dire”…

Il sécrète des poèmes volcaniques qui sont arqués contre les régimes dictatoriaux africains de l’heure si friands de mort gratuite, de pillage, de mépris, de corruption et qu’il qualifie d’onction de l’enfer qui nous ceint”. En même temps, il capte, à travers la dérision et l’emploi des tournures syntaxiques du pays, la grande solitude du peuple livré sans défense à la férocité du “pays absent” ou de “la républiquette”. On retrouve chez ce poète une verve critique semblable à celle que Victor HUGO a déployée autrefois contre Napoléon-le-Petit, comme dans ce purulent réquisitoire contre sa république anonyme:

“Cette république
Plaie ouverte où un groupement
D’asticots mène la danse de
La putréfaction”…

Un tel état des choses provoque chez lui une réaction proportionnelle à l’ampleur de la dégénérescence:

“Au seuil du songe
L’émotion éprise de révolte
S’est associée aux mots d’insurrection”

On croirait entendre le Fernando d’ALMEIDA de En attendant le verdict.

En marge de la contestation de l’ordre, ANGUISSA s’engage dans une quête mystique par l’invocation des masques, des totems, de la kola, symboles porteurs de la “paix des nuits païennes”. Son ralliement idéologique à CABRAL, NKRUMAH, UM NYOBE, SANKARA fait de lui une sorte de nationaliste panafricaniste en lutte contre l’Afrique prisonnière des “masques blancs”.

Trois recueils inédits:

  • -Afrique les choses-Etats
  • -Tahjoine
  • -Presque peuple…Presque république

 


CHOIX DES TEXTES


LA PAIX DES NUITS PAIENNES

Cette nuit
Il ne fait vraiment pas noir
C’est plutôt un jour de clair de lune
Dans la nuit
Le jour dans la nuit tout simplement

Et l’ont si bien compris
Les grillons qui se sont terrés et ne sifflent pas
Les coassements ne se font pas entendre
Des crapauds qui se sont tus
Aucune révolte nocturne
Contre ce jour dans la nuit
Qu’accueillent lucioles solitaires et allègres
Éclairant les coins et recoins sombres
De leurs clignotants éternels

En cette révolution du temps
Les plus téméraires des hiboux
N’osent chanter leurs lugubres hululements
Mauvais signe
Pour les sorciers mangeurs d’homme

Seule ma plume
Que rien ne bouleversera jusqu’au
Soleil matinal
Invoque la paix des nuits païennes
Sur ma terre africaine

in Afrique les choses-États


J’ai répondu à l’appel
Du tam-tam colérique
Tonnerre déchirant le pouvoir de la nuit
Apporte-moi la calebasse rassasiée de nos âmes
Que j’y plonge les mots pour dessoûler
L’histoire pleine de vide
Le masque verbal a reconquis son droit
Dans l’embrouille tempête du tyran
Je ma suis accroché à la compétence des mots
Faisant alliance avec les proscrits
Et dans l’âme des mots
J’ai mis mes espérances

Le ventre dicte sa raison alimentaire
A l’aube dépourvue du sens du jour
Tan disque les convictions de l’homme
Heurtent les murs conservateurs

Décidé à déconnecter
La république de son timbre colonial
La parole agrippée au temps
Dérange le masque présidentiel
Le géant de l’apocalypse du peuple

in Presque peuple…Presque république

Dans l’ailleurs de ma passion
J’ai toujours eu la nostalgie de
Ta beauté
Et de la danse de tes reins

En m’exilant dans les coeurs autres
C’était pour te rêver davantage
Et dilater la métaphysique de notre amour

Depuis le matin mal réveillé
Où tu t’es interdite
De vivre mon coeur
L’usure n’a pas corrompu mon amour
Pour toi

Je suis de retour
Et dans mon coeur
Ce qui me reste de coeur
C’est à notre histoire
Que je l’offre

Je reviens à toi
Arpentant la nostalgie de ton parfum
Nos souvenirs sont ma monture
J’oublie ma solitude
Je cours jusqu’à toi
Pour aimer le vrai

O Tahdjoine
Je viens à ta rencontre
Dépouillé de mes ruines
Pour ne pas souiller
Ta beauté
Sans toi
Je suis l’homme livré
Au jet éphémère de l’existence(…)

in Tahdjoine

POEME SOUS LE SOLEIL

De grosses gouttes de sueur
Inondent mes mots
Sous le soleil
Le poème résiste et s’écrit
S’interrompt par moments
Pour médire les rayons solaires accablants

Dans la marre de sueur
Les mots se passent le mot
A l’eau les mots ne se noient pas
Et sous le soleil
Le résiste et s’écrit toujours
Hélant même les sourds

Le soleil est rentré au couchant
Les mots ont séché
Et poème brille comme lune
Dans la nuit.

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