Paul Dakeyo

Né le 18 février 1948 à Bafoussam, Paul Dakeyo est l’un des poètes les plus prolifiques du Cameroun. Docteur en sociologie, il vit en France depuis 1969.Mais des nouvelles concordantes signalent sa présence depuis un certain temps du côté des Iles Comores.

Poète engagé, très engagé, il est arrivé à l’écriture en 1973 avec son recueil de poèmes Les Barbelés du matin. Son oeuvre s’est ensuite enrichie avec Chants d’accusation, Cris pluriel, Soleils fusillés. Par son “chant féroce“, il veut briser l’espace carentiel de l’Afrique et délivrer cette dernière des “rapts sans nombre orchestrés par son excellence“. Sa poésie est donc avant tout une poésie de libération.

Les intolérances raciales et politiques lui donnent l’occasion de faire entendre de manière extrêmement stridente son “chant armé” pour reconstruire le jour. Edouard Maunick a parfaitement raison lorsqu’il affirme que Paul Dakeyo” traverse l’événement comme seul le poète sait affûter la parole jusqu’à la vigilance“. Car pour ce dernier la solitude et l’amnésie étant des ennemis redoutables pour l’homme, il convient de ne jamais baisser la garde:

“…comment oublier
Ces crimes
Et ces génocides orchestrés
Contre mon peuple
Ces morts que personne
N’a jamais pleuré
Et l’exil
Comme un couteau
Dans la chair”

Poète révolutionnaire, Dakeyo qui proclamait en 1979:

“J’appartiens au grand jour
Qui dit tout haut
Mon nom, ma naissance
Et ma parole de feu”

est revenu depuis 1989, avec La femme où j’ai mal aux “fleuves secrets pleins de jours et de lumière.” Son inspiration poétique est désormais marquée par l’amour et l’angoisse existentielle. Mais il va au-delà du constat d’échec dans la relation amoureuse pour chanter sa confiance dans l’homme et l’avenir:

“Si demain n’existait pas
Nous le créerions avec notre sang
Nos lèvres nos yeux nos mains”.

Pour ce faire, il convient préalablement de trouver

“une autre fenêtre
qui donne sur l’éternité
pour rassembler peut-être enfin
les mottes de terre dont nous sommes faits”

Le vers de Dakeyo est généralement court, un seul mot suffisant parfois pour rythmer une parole haute et incandescente. Puisée “aux hautes terres du songe” comme le dirait Fernando d’Alméida, sa phrase poétique scintille comme un diamant et est chargée d’une puissance suggestive ineffable. La propension pour le solide et l’inépuisable chez lui est poussée à un point tel que même dans une situation d’échec, il demeure une forte impression de durée. Influence du christianisme ou peut-être du paganisme bamiléké ? Sans doute les deux à la fois. Mais il faut relever tout de même que les allusions si fréquentes à la terre natale, et singulièrement les hautes montagnes de l’ouest Cameroun permettent de penser que Dakeyo est resté profondément africain. Par conséquent, il sait que “les morts ne sont pas morts”. C’est au demeurant dans ce sens qu’il est convenable d’appréhender l’évocation de sa progéniture dans La Femme où j’ai mal .Celle-ci a une signification à la fois mystique et spiritualiste. En plus d’inscrire le père dans “l’instant inépuisable”, ses enfants constituent pour lui des éléments de transmigration post mortem:

“Flora et Georges seront là
Francis et Malcolm seront là eux aussi
Dakeyo de leur seul nom
Soleil parmi les soleils
Debout portant haut le cœur leur identité”

On peut remarquer aussi dans cette poésie la récurrence des éléments liquides et de la flore aquatique. De même, un soleil permanent l’éclaire d’un bout à l’autre, permettant ça et là surrection des “silex“qui sont en quelque sorte des objets rituels voire cultuels pour Dakeyo. C’est peut être pour cela qu’ils ont donné le nom à sa maison d’édition.

C’est véritablement un plat de songes qui s’offre à la manducation du lecteur dans La femme où j’ai mal, au-là des meurtrissures causées par un amour contrarié,”au-delà du rêve exact” aussi. Le rêve du reste est pour Dakeyo un adjuvant énergisant qui lui permet de tenir dans l’adversité:

“il faut rêver pour tenir debout
Se donner des yeux aussi profonds qu’une mémoire“



Oeuvres poétiques publiées:

Barbelés du matin, Edition Saint Germain des Prés, Paris, 1973
Chant d’accusation suivi de Espace carcéral, id.,1976
Le Cri pluriel, id. 1976
J’appartiens au grand jour, id. 1979
Soleils fusillés, Editions Droit et liberté, Paris, 1977
La Femme où j’ai mal, Editions Silex, Paris, 1989
Les ombres de la nuit.

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