Pharmacie du bus

Depuis que l’État du Cameroun a commencé sa croisade contre les vendeurs de médicaments à la sauvette, une nouvelle génération de « pharmaciens » a vu le jour sur tous les grands axes routiers du pays. Il s’agit des pharmaciens des bus.

Cela se passe à peu près comme ceci : Vous voyagez entre Yaoundé et Douala. Tout d’un coup, un individu se lève : « Chers clients de l’agence Roue Libre, Bonjour. Je m’excuse de solliciter un moment votre attention. Je suis Roger, chercheur indépendant en pharmacopée traditionnelle africaine. Si vous avez entendu parler d’un camerounais qui soigne le sida, c’est moi. J’ai achevé des recherches sur trente maladies qui déciment le continent africain. Je reviens d’un symposium aux États Unis d’Amérique où j’ai exposé les résultats de mes recherches. Je peux guérir en effet le cancer, l’hépatite quelle que soit sa nature, la chlamydia, le diabète, etc. Je viens vous dire qu’il ne faut plus sombrer dans le désespoir une fois que vous êtes déclaré séropositif. Venez me voir. » Il donne ses numéros de téléphone et l’adresse (une fausse adresse soit dit en passant) de son laboratoire. Puis, par une alchimie du verbe dont ils ont seuls le secret, il vous déplace de ses propres recherches pour parler des laboratoires pharmaceutiques chinois dont il est le représentant exclusif pour l’Afrique centrale. Il vous propose alors des médicaments aux noms les plus compliqués. Tous de véritables panacées qui soignent toutes les maladies du monde : Amakatatumi amakatatuma tum tum, shingonzi, ginseng à mastiquer, ginseng à boire, ginseng à fumer etc. « Tous ces médicaments coûtent à partir de dix mille francs en pharmacie, mais comme ils sont en promotion dans ce bus, je vous les vends trois flacons à mille francs. Si vous en achetez pour trois mille francs, je vous offre une gamme de produits anti-âge »…

Ces bonimenteurs sont , depuis un certain temps, de charmantes dames.

Après la vente, il glisse un billet de banque au chauffeur du bus, puis, descend au prochain péage. Mais dès que vous descendez du bus à l’arrivée à Douala, le premier vendeur de médicaments à la criée que vous rencontrez vous propose les mêmes produits chinois à deux cents francs les trois flacons que le représentant exclusif vendait en promotion à mille francs. Un beau marché de dupes en somme.


VENDEUSE DE MEDICAMENTS DANS UN BUS

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