Plût au ciel que j'aille encore à Angongué


Benoît Kongbo à Angongué


J’ai promis d’accoupler le sango francisé au camfranglais et c’est ça même qui va se gâter dans ces ngongonon (charabia ou écriture illisible). C’est vachement sympathique de poétiser l’abeng (beauté en boulou) de l’autre mais hyper antipathique d’apologiser à tambour battant son abé (laideur). C’est comme produire bruyamment dans la discrétion de la soie un pet qui simel flop (qui sent mauvais) au nez de celui même qui a affirmé la charité bien ordonnée commence par soi-même. Et moi je vous hurle c’est pas des manières ça merde !

Pour commencer disons que je m’appelle Kitoko mais lorsque je pète les plombs je deviens Troukou Traka. Ça dire un gars qui se contrôle plus qui tok comme un perroquet qui débite des conneries à vous donner le vertige. J’ai vingt… est-ce vraiment important de préciser mon âge ? Je vis au cœur de l’Afrique est-ce nécessaire de montrer là là là le nom de mon pays ? Mettez-moi là où vous voulez je vous assure je m’en plaindrai pas. D’ailleurs on m’assimile parfois à un Camer du nord et ça sucre maaal mon cœur de pas être perçu pour un allogène provisoire. Comble de l’ironie ! Un gars dans le roman que j’ai épuisé la moitié de mon séjour à parachever se prénomme Mouftassa. Et Pico qui a trouvé ce nom original m’a look longtemps et a laissé tomber comme un couperet «tu t’appelleras Mouftassa !» J’ai répondu en criant «oui j’attends depuis que tu m’appelles Mouftassa pour que je me fasse appeler Mouftassa !» C’est comme ça sa-ba-saï (de partout) où je traîne mes longs segments on m’interpelle en haoussa et j’acquiesce en secouant vivement la tête sans rien comprendre à l’idiome de ce peuple auquel à ce moment précis j’aurais souhaité appartenir.

Depuis que j’ai acquis la renommée d’écrivain on me retient plus. Je glisse tout le temps ça dire je suis gluant comme y a pas deux et c’est comme ça même on dit en sango pour qualifier le mec qui occupe tous les débats. J’écris comme je respire. Sais pas si c’est moi qui accouche mes livres ou ce sont mes livres qui m’enfantent. Tout ce que je sais c’est quand je me mets à écrire comme je suis en train de faire là c’est tralala terrible comme une rafale de kalachnikov et vous allez voir.


Koo mon ruisseau fétiche

 
Dimanche huit heures du mat et lango le sommeil a poum (fui) mes paupières de son propre gré. Je n’ai pas bien nang (dormi) et ça me wanda de me réveiller comme ça là sans sommation. J’ai couru hio (vite) au cyber du coin. Pas de fini (nouveaux) mails. J’ai navigué kété (un tout petit peu) sur le blog de l’Assoumière. Tout en haut de la page web ça signale jaune pour insinuer que le crédit va bolè (finir) dans dix minutes. Pas envie de ravitailler mon compte fais chier Kitoko ! Je me suis déconnecté sans crier gare alors que de colère toi le gérant du cyber tu me durcis la face. C’est ça de Gaulle me dit de te dire Troukou Traka t’a compris. Je suis le tout premier client et tu aurais souhaité que je m’éternise en gros gras morceau de viande dans ton gombo (ton bizness). Ouais tu t’imagines que j’ai que ça à faire hein dis-moi un peu ? D’accord ! C’est simple. Aligne-moi les dix kolos jusqu’à Bafoussam et tu verras si je back (pars) comme je vais back là.

A la boutique contiguë à didjé Pone (vraiment depuis l’avènement de Douk Saga-là même les bébés qui s’amusent avec les seins que Kitoko respecte au plus noir de la nuit sont devenus tous des disc jockey qui font poum poum dans nos vagabondes oreilles). Donc à la boutique attenante à l’office des Sons de didjé Pone qui s’appelle pas Pone mais qui veut faire didjé en se surnommant Pone j’ai baye deux sachets de nescafé. À l’Assoumière le maître des lieux m’attend nyanga-nyanga (élégant-élégant) dans une chemise pagne marron à l’effigie de la Banque des États de l’Afrique centrale où bosse Mac. «Mets des chaussures fermées !» il a tell dès que je suis entré dans sa chambre. «Pourquoi ?» j’ai gueulé parce que le big tété parfois s’exprime on dirait je suis dans sa koumou (tête en banda mon patois) pour saisir automatiquement cette crapule suite d’idées. «Je croyais que tu disais hier que nous irons ensemble à Angongué !» il a dit dans une voix qui relevait presque de la supplication. Il a raison et j’ai tort de pas vous additionner le nombre de fois où j’ai refusé de go avec lui dans son village natal simplement parce que franco je me comportais quelquefois comme un écrivain obsédé par le nobel. «Ah d’accord !» j’ai fait en me dirigeant dans le bureau que Pico m’a aidé à assiéger depuis mon arrivée. «Les insectes lorsque ça voit les orteils ça pique-nique là-dessus comme y a pas deux là-bas» il a signalé quand je l’ai retrouvé plus tard…



Démarre quatre-quatre Runner «vrouuum !» mais je suis déjà démarrée non. Baobab –merde est-ce que c’est ça même que je veux dire ? Sésame –putain je te couperai ma langue si tu continues à niquer lapsus ! Portail –c’est ça même le mot merci ma bouche- portail ouvre-toi oui Troukou Traka c’est comme si c’était fait. Et la bouche du gbagba (la clôture) s’écarte sur les gencives et les dents du rez-de-chaussée de l’Assoumière. Magne-toi Marie Claire la bougna (bagnole) est impatiente de partir. Doucement la bougna c’est quelle voiture même qui met le feu au cul des mo’t comme ça ? Tu sais pas que moi Marie Claire que tu me vois-là je suis malade ?

Bon à ce soir Assoumière ! Ok on est ensemble on se voit tchao bye ! Vrouuuuuum attention virage je te prends vers la droite. Montée Jouvence tu peux pas résister à mes quatre roues motrices c’est moi Runner qui te parle. C’est comment les voisins nous on part-part là ! Ça va le sommet ? Cédez le passage bend-skins mototaxis de la mort et vous aussi taxis. Eh oui vous vous débrouillez et moi je fais quoi là. Biyem-Assi bonjour c’est comment man on est là on se débrouille toujours dans ce pays oui on va comme ça à Angongué allons non merde j’ai oublié que tu es un kwat (quartier). Aïe j’ai failli ne pas embarquer le chef d’Angogué l’homonyme de Méka le vieux nègre et –va demander à Oyono si le personnage central de son roman a eu ou non- la médaille…

Assez de me ravir comme ça la vedette la bougna c’est moi Kitoko le narrateur de Rio blues pour les héros oubliés. Tu crois que quoi ? C’est pas parce que tu as remplacé un peu mes pieds que tu penses que je peux pas taper cent trente-huit kilomètres en kpama (marche) pour aller à Angongué ? Tu vois pas les opep ces véhicules de transport interurbain qui me tapent les mains (supplient) de gonfler le volume de leur bèlè ? «Écoute Kitok…» Ta gueule moi je hais les corbeilles à parole dans ton genre et si tu continues j’arrête d’écrire et on verra bien où tu vas cirer les airs (crâner). Oui moi je suis quelqu’un ici dans ce livre et ça me fout les boules qu’un nyama-nyama (moins que rien) comme quatre-quatre Runner-là me dispute comme ça le verbe. On est pas au cinéma nom de Dieu pour voir les voitures nous égaler en parole. «S’il te plaît Troukou…» La ferme ou moi que tu me transportes-là je vais finir avec toi là là là même…

Et puis toi qui lis là tu es même comment ? Quel consulat du rire t’a délivré le visa pour rigoler ? D’ailleurs je suis flop cass (très fatigué) à force de m’égosiller comme ça là. Way’t (attends) le jour où paraîtra ce roman pour no (connaître) la suite de l’histoire. Fais la gueule si tu veux mais je sais que c’est nous nous on monte on descend tu liras ce ndourou (court) poème.

Plût au ciel que j’aille encore à Angongué
Plût au ciel qu’avec les syllabes de mon cœur j’aille marivauder
Dans le parfum exaltant de la roseraie des cocotiers
Plût au ciel que de ko’hô j’aille exhumer l’innocence de ton enfance
Ruisseau roussâtre au seuil de ta virginité naguère violée par le temps
Comme mon poète béni qui pèche contre la vertu
En creusant une tombe qui ne l’engloutira pas de si tôt
Ceci n’est que les premières ébauches d’une écriture qui colonisera la langue française qui sauvage maaal dans la Coupole.

Benoît Kongbo
Extraits de Rio, blues pour les héros oubliés


Bouture de canne à sucre

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Commentaires (1)

1. Claudia (site web) 24/07/2009

Ho Pico, ce jeune écrivain a bien du talent, mais il faut dompter la jeunesse qui boue en lui pour que l’écriture se mue, telle une pierre que l’on taille en respectant sa spécificité.
Claudia

18 septembre 2008

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