Je pense à toi

Je t’ai chopée dans un cabaret
Comme une grippe en plein été
Tu étais parmi vents et cuivres
Une symphonie de Beethoven
Tu chantais comme une grande fête
Et dans tes yeux qui ne me regardaient pas
Il n’y avait que la chanson marron
Où le rouge et le noir se donnaient la main

Tu chantais les yeux fermés
Une chanson qui n’était pas de toi
Mais tu la savais si bien chanter
Que ma paix se troubla

Il y avait dans ta voix d’alizé
Tout le soleil de Yaoundé
Quelque chose d’hystérique
Qui me froissa comme du papier glacé

Tu as dansé toute la nuit
Et quand tu as quitté la scène
C’est un parfum indéfinissable
Qui est venu me razzier
Il y avait la senteur de ta sueur
Et la symphonie de tes aisselles
Qui fleuraient dans toute la chambre
Comme l’appel de la mer

Tu as dormi comme un bébé
En souriant de temps en temps
Moi je te regardais dormir comme un vainqueur
Comme un vainqueur je te regardais dormir
Dans ton souffle inaudible
J’entendais l’esprit des guitares
J’entendais le paradis
Ils subjuguaient tout mon esprit
Comme ta mammomégalie
Qui au crayon rouge de ton talent
Soulignait de ton buste la magnitude

Tu es sortie le lendemain
De la douche à midi
Tu as mangé comme Marcel Proust
Deux madeleines et un œuf à la coque
Tu as écouté un air de jazz
Dont tu connaissais les paroles
Tu chantais mieux que le disque même
Avec une voix très suave et juste
Moi je te regardais chanter
Comme ce soir à la télé
Quand sans mettre des guillemets
Tu as cité une strophe de moi
Dans une chanson dédiée à un autre
La redondance apéritive
De tes cris aigus et trémolos
Me fait songer à la perspiration
De la caverne où d’amples libations
Je me suis donné en d’autres temps
Et je pense à toi sortant de la douche
Comme je suis sorti de ta vie

In Au-delà de l’utopie
© Editions du Centre Culturel Français de Douala

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