Sang pour sang

Une armée
De prédateurs
Patrouille dans ma cité
Une nuit de grande tristesse

Je comporte un Cameroun
Assis sur l'immensité de l'Afrique
On eût dit une abdication
A l'épicentre de ma douleur
Yaoundé râle comme une bête de somme

De l'exil de ma chambre
Je vois passer
Parmi la peuplade de mes frères
Ma tête absente qui se creuse les méninges
Et toute cette tourbe tourbillonne
Comme un jour de fête et de folie

Au carrefour bleu-rouge
De l'indépendance
Un agent de blanc vêtu
Conduit la circulation
Dans le sens propice aux collisions

Avant d'aller choir
Au précipite de l'éternel silence
Cars
Autobus
Motocycles
Et engins lourds sur les
Rails des
Oubliettes sans fin comme
Un rendez-vous manqué avec le destin
Nous font de la main un dernier signe

Et la foule affamée ovationne
L'agent qui a des allures d'un suppôt
Et se répand le sang des enfants
Dont l'innocence hélas accusera toujours


Et se répand le sang des enfants
Qui entretient mon ressentiment tenace
Et se répand le sang des enfants
Qui attise ma fougue belligérante
Et se répand le sang des enfants
Qui murmure comme le geste pieux
Que cinq fois l'on accomplit
Pour faire le signe de croix
Et se répand le sang
Ah mon Dieu
Le pauvre sang des enfants

Yaoundé, 09 mai 1992

Onomatopées du silence; éditions de la Ronde

Commentaires (1)

1. paul (site web) 27/07/2009

J'ai aimé lire cette peinture grave, pourtant fidèle d'un jour qui me hante. Et "l'agent vêtu de blanc" qui nous guide, beau séducteur, bel orateur!

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