John Francis Shady Eone vu par Jean-Claude Awono

JOHN SHADY FRANCIS EONE (1968-1998)

Né le 26 mars 1968 à Yaoundé, John Shady Francis EONE est originaire du Nyong et Kellé. Il grandit dans une famille monoparentale, celle de son père avec qui il entretient constamment un commerce particulièrement houleux. Sa mère, soupçonnée dans de sombres concussions à la trésorerie centrale de Yaoundé où elle travaille, est forcée à l’exil au Gabon. EONE fait tout son lycée dans la ville de Ngaoundéré où son père est employé dans une ONG. A l’université de Yaoundé où il entre en 1989, il choisit la filière philosophie. Il obtient la licence trois ans plus tard et s’inscrit en cycle de maîtrise qu’il n’achève pas. Mais il a déjà une culture solide et ses fréquentations des milieux culturels, même les plus ésotériques, contribuent à lui forger un esprit à la pointe de la curiosité et des savoirs les plus divers. Il lit beaucoup les poètes maudits, s’éprend de la simplicité hermétique de Paul Eluard, il parle avec admiration d’Edouard Maunick. Il fulmine fréquemment contre le système d’enseignement de la philosophie dans nos écoles et remet presque tout en question. Le jazz, le reggae, Francis Cabrel sont ses musiques de chevet. Le 23 décembre 1996, à la faveur de la clôture du Temps des livres au Centre Culturel Français de Yaoundé, il fait la connaissance d’Evarist Roger TEMGOUA, Jean-Claude AWONO, Germain DJEL, Anne Cillon PERRI, Jean SOH SOH, Emmanuel MAPAN et se joint à eux pour créer, quelques temps après, LA RONDE DES POETES. Il se dévoue sans borne à ce groupe qui devient sa nouvelle famille et auquel il s’impose par l’impertinence de ses prises de position. Mais en réalité, il vit seul, sans travail, sans argent, et la strophe suivante de Emmanuel EKEKI-MOUKOURI dans son poème Dernière heure est la parfaite illustration de son quotidien:

Me voici sur les routes, en lambeaux flottants:
Sans amour, sans maman, sans joie et sans sourire.
Accablé de misère et de soucis troublants
Je rode si pauvre et nul passant n’en soupire.

Quelques ressources attrapées extraordinairement, voici notre admirateur des poètes maudits aménageant sans lendemain dans un studio, immense désir d’indépendance qui s’abolit toujours au fer rouge du manque et de la privation. Toute sa vie de poète n’aura été qu’une suite ininterrompue d’amorces enthousiastes et de ruptures spectaculaires. Mais surtout une interminable errance polluée de choses tues, de désirs oubliés jusqu’à la limite de l’ascétisme, de folles amertumes. Il avait été chrétien, mahométan, puis, au bout du compte, mécréant. Il est mort dans une sorte de révolte contre Dieu qui lui faisait dire que la permanence du mal sur la terre et le silence de Dieu est le signe que le bourgeois du paradis est dépassé par sa création. ” Dieu est athée”, avait-il écrit, dans une sorte de prise de position philosophique.

La poésie de EONE,” dense et imagée, est l’extériorisation d’un drame intérieur et d’une troublante angoisse existentielle”, a récemment remarqué Patrice Kayo dans son Anthologie de la poésie Camerounaise de langue française. Mais avant d’être arraché à la vie le 27 décembre 1998 dans des circonstances qui demeurent obscures – meurtre, suicide ou accident ? (il a été trouvé mort sur les rails dans une forêt voisine de Yaoundé, puis, enterré dans une fosse commune.) – EONE qui se « pseudonommait » Ali Salam et Conn’art , a tenu à assigner à l’art une finalité toute particulière dans un article inédit qu’il a intitulé Pourquoi écris-je ? :

“Le trajet artistique du poète se fait de cahots ou d’aisance, échoue dans l’éphémère ou se prolonge dans l’éternel selon la réponse que se donne la question : pourquoi écris-je ? Le poète oriente ainsi, puisque la poésie, est vie, les présences – les siennes et parfois celles qui l’environnent – vers un idéal particulier. Chez moi la poésie – je parle de la coulée vers l’extérieur de mon univers intime – est d’abord une démarche homéostatique. Un moyen de conserver inentamé mon équilibre mental. C’est que de temps en temps un mot teinté d’obscurités et de lumières, beaucoup plus des premières que des secondes, s’impatronise en moi, s’y promène en s’autorisant des mues, coalisant ci et là avec d’autres mots étranges surgis de mes ailleurs. Dès lors, malaise. Mon langage quotidien se trouble : je multiplie lapsus et contresens, oublie les évidences, rapproche des mots et des idées qui d’ordinaire ne s’appellent pas. Incapacité de bien dire autre chose tant que ne sont pas déposées sur une feuille, avec leur cargaison d’émotions et d’étrangetés, ces hordes de mots, ces hôtes bouillants qui règnent en moi. Une fois le poème écrit, tout s’apaise. Je retrouve mon bien- être mental d’avant l’invasion. Conséquence : je n’écris pas pour communiquer. Du moins, telle n’est pas ma première intension. Pour tout dire, ma poésie n’a pas d’intention autre que d’assurer la permanence de mon équilibre mental. Aussi charrie-t-elle sans vergogne imprécisions et incohérences. Très souvent, elle ne craint pas de ne rien signifier et, lorsqu’elle s’ouvre à autrui, elle n’économise ni cette impudeur ni cette violence que proscrivent les us policés. C’est une chose fuyante qui tient pour surnuméraires toutes les contraintes stylistiques qu’elle ne s’est pas elle-même imposées. Ma poésie m’est thérapie, disons souffle balsamique sur des plaies intérieures que je ne sais même pas identifier. Et si je ne me lasse pas de le redire, c’est pour suggérer le soulagement et la pureté inclassable du plaisir qu’elle me procure.

Un recueil inédit, Le Testament du pâtre, un long monologue attribué au nationaliste et martyr camerounais Ernest OUANDIE, et d’autres poèmes qu’il faudra rassembler dans plus d’un volume. Son œuvre comprend aussi des recueils de nouvelles et des réflexions de toutes sortes.

TEXTES INEDITS DE JOHN DANS BIBLIO

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Commentaires (3)

1. Jean Claude Awono 23/09/2011

Je voudrais dire à Raymond Eoné que je souhaiterais rencontrer que John était aussi mon frère. Il ne m'aurait pas confié son oeuvre avant de mourir. J'ai été témoin des errances de mon frère et ami. Je ne peux proférer aucun mensonge à son endroit, encore moins à l'endroit de sa famille pour laquelle je n'ai que respect et amitié. Je reste disposé à rencontrer Raymond Eoné pour discuter de vive voix avec lui sur la question de John Shady Francis Eoné.

2. eone raymond yves 06/11/2010

Mr awono c'est tres beau ce que vous dites mais je vous conseille de mieux vous renseigner avant d'ecrire a moins que vous ne soyiez de mauvaise foi,ce dont je ne doute pas.sachez que cet article depeint une verite qui est la votre et qui n'a rien a voir avec la vie de john sur le plan personnel et familial vous le savez tres bien. par contre ce que je trouve interressant dans cet article c'est cette question que vous posez : meurtre , suicide ou accident? mùais je crois que vous qui etiez avec lui les derniers jours de sa vie pouvez mieuxx que quiconque repondre a cette question. en passant je voudrais vous dire que je suis son dernier petit frere , la pauvre femme qui a perdu en moins d'un mois son premier fils et son mari ,celle qu'il appelait maman , je voudrais vous rappeler qu'elle pleure de tous les mensonges qu'il ya dans cet article .

3. Pierre La Paix Ndandapie (site web) 10/04/2010

je suis très fier de pouvoir lire la Bio de ce grand poète qui nous a malheureusement quittés. j'ai eu néanmoins l'honneur de gagner un Prix de Poésie qui portait son nom en 2005 par la Ronde des Poètes du Cameroun qui n'ont manqué un seul instant de pouvoir rendre hommage aux grands talents de notre patrimoine artistique. coup de chapeau au Biographe

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